Note introductive

Cet article propose une traduction libre, voire une interprétation personnelle pour certains passages, du premier traité du livre intitulé Lemalar (Les éclats) de Bediuzzaman Said Nursi, un penseur musulman d’origine kurde qui a vécu en Asie mineure fin XIXème, début XXème siècle. Il a notamment laissé derrière lui la collection des Risale-i Nur (Traités de lumière), un ensemble de 14 volumes regroupant quelques 1400 traités dans 6000 pages, le travail de 40 années de sa vie.

Dans ce traité, à travers l’histoire du prophète Jonas (p.s.l.), l’auteur explique que l’être humain est confronté à un combat contre ses désirs et que ce combat a un impact direct sur sa vie sur terre et dans l’au-delà. Pour faire un peu de lumière sur le contexte, les récits à propos de Jonas (p.s.l.) rapportent qu’il a prêché la parole de Dieu à son peuple durant 33 années mais que seuls 2 personnes le crurent. Cet entêtement de son peuple à rester dans l’ignorance le mit en colère et il voulut abandonner son peuple sans la permission de Dieu. Il prit la mer avec un équipage et rencontra d’innombrables difficultés durant son voyage. Le bateau allant couler, il fallut que l’un des passagers se sacrifie et pour le désigner ils tirèrent au sort. Nursi rappelle et interprète ces faits en tirant une leçon pour le croyant musulman. La suite de l’article semblera donc s’adresser davantage aux croyants mais chacun, croyant ou non, pourra en tirer substance à réfléchir sur le plan spirituel et philosophique. Nursi s’exprime donc, sur le fond, en des termes similaires à ceux qui suivent :


 

Jonas (p.s.l.) fut jeté à la mer et avalé par un énorme poisson. Dans une mer agitée et une nuit bruyante et dans le désespoir qui régnait ; le verset

« Et Dû’n-Nûn (Jonas) quand il partit, irrité. Il pensa que Nous n’allions pas l’éprouver. Puis il fit, dans les ténèbres, l’appel que voici : « Pas de divinité à part Toi! Pureté à Toi! J’ai été vraiment du nombre des injustes ». » (Al-Anbiya, 87 – Traduction de M. Hamidullah)

lui fut d’un secours rapide.

En effet, celui qui pouvait le sauver devait être le maître du poisson, de la nuit, de la mer et du ciel car tous étaient contre lui. Et même si tous les peuples avaient été aux ordres de Jonas (p.s.l.), ils ne lui auraient été d’aucun secours. Mais d’un coup, cette supplication avait fait plier ciel, mer et poisson. Ce poisson était devenu tel un sous-marin, la mer tel un désert calme sans danger et le ciel, en se nettoyant de ses nuages, laissait la lune éclairer sa route, telle une lampe. Toute la création qui semblait être son ennemie lui montrait maintenant un visage amical ; jusqu’à ce qu’il atteigne la plage sans crainte, témoin du présent de son Seigneur.

Notre situation est cent fois pire que celle dans laquelle Jonas (p.s.l.) se trouvait. Notre avenir est comme la nuit. C’est là notre inconnu. Notre nuit est cent fois plus dure que la sienne. Notre mer est cette terre sur laquelle nous vivons, parsemée de difficultés, sur le plan moral et sur le plan physique telles des vagues menaçantes. Notre mer est mille fois plus effroyable que la sienne. Nos envies et nos désirs sont notre énorme poisson. Ils peuvent nous engloutir et ne plus nous laisser sortir de nos travers, nos erreurs et diverses mauvaises habitudes. Notre poisson est mille fois plus dangereux que le sien, parce que le poisson de Jonas (p.s.l.) ne pouvait détruire qu’une vie de cent ans, au mieux, tandis que le nôtre s’efforce de détruire des centaines de millions d’années de vie, celles de l’au-delà. Puisque notre situation est telle, nous devons, en suivant l’exemple du prophète Jonas (p.s.l.), nous tourner vers le Tout-Puissant qui est le seul à pouvoir nous secourir et en disant

« Pas de divinité à part Toi! Pureté à Toi! J’ai été vraiment du nombre des injustes » (Al-Anbiya, 87)

nous en remettre au Maître de l’avenir, du monde et de nos désirs. Car qui peut éclairer notre avenir par l’au-delà et nous sauver des milliers de vagues cherchant à nous noyer si ce n’est Lui ? Rien ne peut en aucun cas, sans Sa permission et Sa volonté, nous venir en aide.

Ainsi, nous devons suivre l’exemple de Jonas (p.s.l.) et en nous fiant au Seigneur, traverser la nuit qu’est notre vie sur la mer qu’est notre terre pour enfin atteindre la plage qu’est le Paradis. Nous devons suivre son exemple pour que les tremblements et les tempêtes de la mer ne soient pas pour nous des craintes et des peurs mais des leçons pour illuminer nos vies. Et grâce à ce verset et à l’éducation du Coran, nos désirs ne nous contrôleront pas mais nous les contrôlerons afin d’en faire notre raison de mériter la vie éternelle.