Qu’est-ce qui relève de la science ? Quelle est la différence entre une science et les savoirs qui ne peuvent prétendre au qualificatif de scientifiques ? Question toujours d’actualité que beaucoup ont tenté de résoudre. Parmi ceux-ci, dire que le philosophe des sciences Karl Sigmund Popper a été l’un des plus remarquables ne serait pas faux. Contemporain de Freud et d’Adler, son fameux critère de « réfutabilité » a déplu à bien plus de monde que ces deux derniers, qui, acceptons-le tout de même, ont hérité des plus gros échos de la « gifle popperienne ». En effet, alors en ébullition toute fraîche, les sciences psychologiques d’Adler et la psychanalyse de Freud se sont vues enlever d’entrée l’attribut de science pour n’être réduites, avec les termes de Popper, qu’à « des anciens mythes » (Source : La quête inachevée, p.61).

S’opposant également au Cercle de Vienne (un groupement de savants et philosophes qui a fonctionné à Vienne de 1923-1936) sur différents plans, le séisme que Popper a créé dans le monde scientifique lui a coûté des attaques nombreuses dans un premier temps. La réaction qu’il a stimulé suite à sa thèse virale est comparable à celle que, René Descartes, père du Scientisme, ce fameux mouvement éphémère du 17ème Siècle où l’Homme avait cru un moment « qu’il pouvait tout expliquer par la science », avait soulevé lorsqu’il avait annoncé qu’il reniait le dogme du mouvement et qu’il se convertissait au Catholicisme. Voyons donc dans ce court papier ce que Popper a défendu comme vision et en quoi celle-ci nous permet de comprendre mieux le Saint Coran et plus particulièrement son aspect « scientifique ».

« La réfutabilité/ La falsifiabilité des sciences »

Sans entrer dans un discours académique sophistiqué, il est possible de comprendre Popper en grandes lignes comme suit :

Opposé à l’induction comme méthode scientifique, pour Popper il est insensé de vérifier expérimentalement des savoirs car rien ne garantit qu’un jour ceux-ci ne s’avéreront pas faux. L’Homme a en effet longtemps cru que la terre était plate jusqu’au jour où il s’est rendu compte qu’elle était géo-sphérique. Alors comment prouver la véracité d’un savoir ? Comment délimiter la science de ce qui ne l’est pas ?

Popper propose de remplacer la vérification (l’induction) par la corroboration (la déduction). C’est pourquoi il fait de « la réfutabilité des sciences » le point central de sa philosophie. Une attitude critique qui admet que l’on puisse l’infirmer est une caractéristique même de la science selon Popper. En d’autres mots, une science pour pouvoir prétendre se nommer comme telle, aux yeux de Popper, doit contenir ses propres critères de réfutation. En quelque sorte, le concepteur d’une théorie doit aussi montrer les pistes via lesquelles on peut la confirmer ou l’infirmer  pour prétendre être une science. Adler et Freud sont des victimes de ce point central au même prix qu’un Marx et sa théorie capitaliste. Rien ne dit en effet que le capitalisme est le meilleur système tenable et qu’il assure au maximum le bien vivre de l’Homme sur cette terre. Pour affirmer une telle chose il faudrait premièrement inventer tous les systèmes financiers possibles, les tester et en conclure par la suite que le capitalisme est finalement la meilleure alternative.

Une connaissance se doit donc d’être réfutable avant tout pour mériter l’attribut de « scientifique » et ensuite, testée au fur et à mesure pour espérer gagner en termes de valeur de vérité par voie de corroboration. Selon cette vision, une vérité absolue n’existe donc pas, il y a juste les connaissances continuellement ouvertes à la réfutation, aux tests qui peuvent prétendre, avec les termes de Popper, à une « vérissimilitude ». Une science gagne donc ses points de vérité en étant mise au doute, à la réfutation. Si elle reste vraie malgré les tests, elle gagne en vérissimilitude. Si elle est faussée par un test c’est qu’elle était fausse depuis toujours. Elle est donc délaissée aux oubliettes.

« Plus le monde vieillira plus le Coran rajeunira »

Après avoir pris connaissance du critère de réfutation de Popper sur un banc universitaire à Bruxelles, un verset du Coran que j’avais du mal à comprendre m’est venu à l’esprit. Dans la 2ème Sourate du Saint Coran, verset 26, Allah dit : « Certes, Allah ne se gêne point de citer en exemple n’importe quoi pour annoncer la Vérité : un moustique ou quoi que ce soit au-dessus ; quant aux croyants, ils savent bien qu’il s’agit de la vérité venant de la part de leur Seigneur ; Quant aux infidèles, ils se demandent : « Qu’a voulu dire Allah par un tel exemple ? » Par cela, nombreux sont ceux qu’Il égare et nombreux sont ceux qu’il guide… ».

Je m’étais toujours demandé pourquoi Allah Tout Puissant avait défié l’Homme, pauvre petite créature totalement impuissante comparée à Sa Majesté. Lui qui n’a besoin de rien par définition, pourquoi s’était-il rabaissé, si je peux me permettre, à défier sa propre créature. Après avoir lu Popper, il m’est apparu en fait qu’il ne s’agissait pas d’un pari mais plutôt de critères de réfutabilité du Coran, parole d’Allah, selon la compréhension popperienne. En effet, Allah dit ouvertement dans ce verset, qu’il cite un moustique et toute autre chose de plus grand comme garant de la véracité de Sa parole. Le Saint Coran contient dans ses différentes sourates d’autres versets semblables à celui cité ci-dessus. Pour exemple, dans un autre verset, Allah défie également l’Homme. Il s’adresse à ceux qui prétendent que le Coran n’est pas une parole de Dieu. Il leur propose de « reproduire quelque chose de semblable à une sourate (chapitre) (…) un paragraphe du Coran » voire même « un simple verset » et il annonce de prime abord que l’Homme n’y arrivera pas. Ce second verset est également un autre critère de réfutabilité du Coran où Allah continue à challenger l’Homme. A la différence du premier verset cité, le second annonce également le résultat inévitable pour ceux qui auront la prétention de prendre le paris. Allah dit « vous n’y arriverez pas ». En d’autres mots, Allah annonce ses propres critères de réfutabilité, Il encourage l’Homme a tester sa parole et dans certains de ces versets, il annonce même le résultat inévitable : « Vous n’y arriverez pas ». Bien qu’il y ait des dizaines de passages qui montrent que le Coran est bien réfutable, ces deux-ci sont amplement suffisants afin d’accorder au Saint Coran l’attribut « scientifique » selon les critères popperiens.

Revenons cependant un instant sur le verset concernant le moustique qui mérite à mon sens tout de même une attention particulière dans le cadre de ce papier. En effet, ce verset en particulier, se calque parfaitement sur le critère de réfutabilité popperien à mon sens. Allah, via ce dernier, montre en fait une voie très significative à l’Homme concernant son existence. Il dit ouvertement à l’Homme dans le doute qu’il n’a pas à chercher très loin, que peu importe la créature qu’il prendra en exemple pour tester l’existence d’Allah, l’Homme se rendra compte des traces de la divinité. Plus intéressant encore, pour éviter l’embarras du choix à l’Homme et de part sa Miséricorde Allah va plus loin, et il cite le moustique dans son verset. Une sorte de coup de pouce aux hommes et femmes «intelligents» qui sont dans une recherche sincère de la divinité.

Il me restait donc après coup de chercher, comme le verset l’ordonne, pourquoi Allah avait cité le moustique en particulier pour nous challenger ? Cette réflexion m’a donc poussé naturellement à m’intéresser à cette petite bête et surtout à ses caractéristiques intrinsèques. Il s’est avéré que les avancées techniques du dernier siècle nous ont permis d’en savoir plus sur cette nature parfaite. Accrochez-vous donc pour lire les lignes suivantes. Le moustique ne pèse qu’1/1000ème de gramme et possède 100 yeux, 48 dents et 3 cœurs, un cœur central et un pour chaque aile, et dans chaque cœur, on trouve deux oreillettes, deux ventricules et deux valves. Il possède un appareil de détection thermique, il ne voit pas les choses par les couleurs, leurs formes ou leurs volumes mais par la chaleur qu’elles émettent. La sensibilité de cet appareil est de 1/1000ème de degré Celsius (°C). Il possède son propre laboratoire d’analyse, n’importe quel sang ne lui convient pas. Il possède un appareil qui liquéfie le sang. Il possède un appareil d’anesthésie pour ne pas se faire ressentir. Sa trompe contient 6 cisailles : 4 pour effectuer une plaie carrée et 2 autres qui fusionnent pour former un tube et aspirer le sang.

Al-Khalik (Le Créateur) connaissait très bien les caractéristiques incroyables de cette minuscule créature avant de révéler son nom à Mohammed, que la paix de Dieu soit sur lui, incapable, il y a 1400 ans, de connaître une telle perfection de la création. En citant le moustique, signe indéniable de la finesse de Sa création, je me suis rendu compte qu’Allah avait en fait tout simplement coupé court au débat avec ceux qui doutent de Son existence. Choisissant un exemple de Sa création pouvant sembler insignifiant pour certains, Allah cite le moustique en particulier, ce moustique dont je ne vous ai cité qu’une simple partie du génie dans les lignes précédentes.

Il y a 14 siècles, pour les croyants, le moustique se résumait à « une vérité » parmi d’autres « venant d’Allah ». Aujourd’hui, avec les avancées technologiques récentes, à lui seul, le moustique, de part sa nature très sophistiquée et compte tenu des apprentissages de Popper, est devenu de nos jours un très puissant garant de l’existence d’Allah. Et ce, à une époque où l’ignorance se veut à la mode. Voilà ce que j’appelle la magie coranique.

Ce verset en particulier et nombreux d’autres sont donc à mes yeux des piliers d’acier qui justifient la véracité du Coran et, plus important, qu’il est un « livre de science » avant tout, dont le premier verset ordonne de lire.

Mais que l’on ne se méprenne pas à cette affirmation, je ne suis pas en train de dire que le Coran est un livre scientifique mais qu’il renferme de la science, du savoir et que cette science possède ses critères de réfutabilité comme l’exigeait Popper. Certains pourraient également penser que je fais dans le concordisme, libre à eux de le faire mais il n’en est rien, il s’agit tout au plus d’une lecture personnelle de certains versets qui s’est enrichie par les idées de Popper. Comme disait Bediuzzaman Said Nursi, également contemporain de Popper : « Plus le monde vieillira plus le Coran rajeunira ».