Selon le Prof. Adam Grant, les « trop » généreux, c’est-à-dire ceux qui préfèrent les autres à eux-mêmes en pâtissent sur le court terme mais cela est profitable sur le long terme. [1] Le professeur explique que l’on peut catégoriser les gens en trois groupes que sont les « preneurs », les « ménageurs » et les « donneurs ». Les « preneurs » sont ceux qui se soucient d’abord d’eux-mêmes tandis que les « donneurs » sont ceux qui ont tendance à faire passer les autres avant leur personne. Les « ménageurs » sont quelque part entre les deux. Ils sont volontaires pour aider les autres mais ils le font avec l’attente de voir la pareille en retour.

Selon une étude qu’il a menée sur des ingénieurs, des commerciaux et des étudiants en médecine, il a pu montrer que ceux qui avaient une personnalité de « donneur » étaient les moins performants dans leur domaine… mais aussi les plus performants, bizarrement. C’est-à-dire que les moins bons sont des « donneurs » mais les meilleurs sont aussi des « donneurs ». Ils représentent les 25% du dessus ainsi que les 25% du fond tandis que les « preneurs » et les « ménageurs » se situent dans les 50% du milieu. [2]

Il pense que cela s’explique par le fait qu’être trop généreux est un désavantage sur le court terme, surtout si c’est au détriment des propres objectifs et besoins de la personne, mais cela est un avantage sur le long terme car les gens seront davantage enclins à aider cette personne le moment venu.

« En fait, vous apprenez des choses en aidant les autres à résoudre leurs problèmes et il y a un sérieux capital social qui est construit, mais il prend du temps à se former. »

Je trouve personnellement cette étude interpellante car elle corrobore l’idée qu’être parmi les « gentils » est en réalité la meilleure option sur le plan stratégique, matériel et spirituel. Je m’explique. D’habitude, on a tendance à croire que les gentils qui gagnent c’est réservé aux films et aux contes de fées, que la réalité est toute autre. Alors oui, la réalité n’a rien à voir avec les films et les contes de fées, par définition! Et je ne crois pas non plus que l’être humain soit foncièrement bon ni foncièrement mauvais. Je pense que l’être humain a une force énorme qu’on peut appeler le libre arbitre ou tout simplement le choix de ses actions. Certains me diraient qu’en réalité l’être humain ne fait aucun choix, qu’il est aliéné par le système et les contraintes de la vie ou que de toute façon, ce qui doit arriver arrivera et il ne sert à rien de s’y opposer. A mes yeux, il s’agit là de réactions de gens qui ont déjà baissé les bras et qui justifient leur forme propre de fatalisme soit par l’influence de ce qui les dépasse soit par leur mauvaise interprétation du « destin ».

Est-ce que quelqu’un vous a obligé à lire cet article ? Non. Si vous le décidez, est-ce que vous pouvez arrêter de le lire ? Oui. Dans le cas de la vente d’une voiture, est-ce que vous décidez soit de cacher un défaut, pour en tirer un plus grand bénéfice, soit d’être transparent, pour être intègre dans la transaction? Oui. C’est ce que, moi, j’appelle le libre arbitre. De la même manière, vous choisissez si vous prenez de votre temps pour régler le problème d’autrui ou si vous le gardez pour vos propres besoins et objectifs immédiats. Fondamentalement, vous décidez donc de qui vous êtes dans votre relation aux autres, de si vous êtes un « donneur », un « ménageur » ou un « preneur ». Trop nombreux sont, à mes yeux, ceux qui pensent que pour « réussir » dans la vie, il faut être un « chacal ». Mon humble expérience montre jusqu’ici que ce sont les « chacals » qui réussissent le moins bien. Encore faut-il être d’accord sur la notion de réussite dans la vie.

Réussir dans la vie est devenu synonyme, pour beaucoup, de richesse, de notoriété et/ou d’accomplissements en termes d’obtention d’étiquettes diverses et variées allant de « Manager » à « Professeur » en passant par « Chef d’entreprise » ou « Businessman ». L’être humain est tellement fort pour se donner des titres et pour s’enorgueillir de cela. Franchement, pensez-y, les gens que vous appréciez réellement, avec lesquels passer du temps est un plaisir authentique et non intéressé, est-ce que vous les appréciez pour leur titre ? Pour leur argent ? Pour leur influence ? Ou est-ce que vous les appréciez pour leur noblesse de caractère, leur gentillesse et le temps qu’ils ont déjà passé pour vous, de façon désintéressée, quand vous en avez eu besoin ? J’ai l’intime conviction que tous ceux qui lisent ceci s’accorderont sur le fait que ça n’est pas l’étiquette qui fait la valeur réelle d’une personne. Au mieux, ça fait sa valeur « matérielle », sa valeur de marque, sa valeur superficielle, en somme.

Ceux qui se rendent compte de cela auront déjà fait le choix d’être des « donneurs » ou au moins des « ménageurs », ceux qui voient le monde comme une jungle féroce resteront par contre dans leur philosophie de « preneurs ». Ce vers quoi semble tendre l’étude citée en début d’article, c’est que, en définitive, ce sont ceux qui sont bienveillants et patients qui réussiront le mieux, les exceptions confirmant la règle. Ceux qui sont altruistes et attentionnés. Autant de qualificatifs qu’on souhaiterait tous voir chez ceux que l’on appellerait avec sincérité des amis. Parce que l’argent, le titre et l’influence sont des choses qui sont vouées à disparaître, tôt ou tard. Projetez-vous par la pensée dans 20, 30, 40, 50 ans. Quand votre vue aura baissé, quand vos cheveux vous auront déserté ou attesteront par leur couleur que le passé est plus long que le futur, telle une montagne enneigée. Quand votre énergie se sera fanée et que les richesses que vous aurez accumulées ne pourront rien pour vous consoler. Essayez de regarder en arrière, qu’aimeriez-vous y voir ? Une vie foncièrement solitaire, durant laquelle vous avez gravi les échelons un par un, à la sueur de votre front, certes, mais aussi en marchant sur les pieds d’autres par moment et au détriment de vos relations sociales ? Ou une vie remplie de satisfaction d’avoir fait le bien, d’avoir contribué quand vous l’avez pu à résoudre le problème des autres, d’avoir été aidé, gratuitement, quand vous-même avez eu besoin qu’on retire une épine de votre pied ? De plus, toujours en nous référant à l’étude, c’est en étant le « gentil » que vous réussirez mieux, au sens matériel de la réussite, du moins sur le long terme.

Etre quelqu’un de bien est donc une triple réussite, la première réussite, immédiate celle-là, étant d’attirer autour de vous des gens bienveillants et potentiellement désintéressés, à votre instar. La deuxième réussite, celle-là différée, est la réussite matérielle puisque ce sont les bienveillants qui seront les plus à même, à terme, d’être plus performants et meilleurs dans leur domaine. La troisième réussite possède 2 facettes selon vos convictions. Une facette ancrée dans le présent et une facette ancrée dans le futur lointain. Il concerne le côté spirituel de la chose. La facette dans le présent est la satisfaction d’avoir fait quelque chose de bien, le sentiment d’être quelqu’un de bien. La facette dans le futur concerne ceux qui croient en une forme quelconque de jugement dans une vie après la mort. Je conçois très difficilement un jugement qui ne récompense pas la bonté et la bienveillance et qui ne réprouve pas l’égoïsme et la poursuite de l’enrichissement, quel qu’il soit, s’il doit se faire au détriment d’autrui.

 

[1] http://www.independent.co.uk/news/science/psychologist-why-nice-guys-really-do-finish-last-and-why-that-is-not-necessarily-a-bad-thing-a6669216.html?cmpid=facebook-post

[2] http://time.com/4050924/the-science-behind-why-nice-people-finish-last-and-how-to-fix-that/?xid=homepage